À propos du projet AFRISURGE

La collection Hutereau dans un contexte historique

La collection Armand Hutereau comprend une partie importante du patrimoine scientifique et culturel du nord-est du Congo qui a quitté le pays pendant la période coloniale. Avant la colonisation, le nord-est du Congo était un important carrefour géographique, culturel et politique dans l'histoire de l'Afrique, où se rencontraient des populations d'origines différentes.

À la recherche de ressources culturelles et naturelles, plusieurs grandes expéditions scientifiques ont parcouru la région au début du XXe siècle, notamment celles du Musée d'ethnologie de Berlin (1907–1908), du Musée américain d'histoire naturelle (1909–1915) et l'expédition d'Armand Hutereau pour le Musée royal de l'Afrique centrale (1911–1913).

« Les collections du MRAC constituent des sources uniques pour comprendre le patrimoine culturel du nord-est du Congo au début de la période coloniale. »

Les collections d'objets ethnographiques, de photographies, de films et d'archives du MRAC constituent des sources uniques pour comprendre le patrimoine culturel de la région au début de la période coloniale.

Comment les objets étaient-ils collectés pendant l’expédition ?

Armand Hutereau, qui a dirigé l'expédition, avait auparavant dirigé en tant que militaire des batailles durant la période de l'État libre du Congo pour soumettre la population locale. En sa qualité de chef d'expédition, il a dirigé un petit groupe de scientifiques et d'assistants techniques belges.

Il s'est appuyé sur l'infrastructure coloniale pendant l'expédition et a compté sur l'aide des administrateurs et des chefs intermédiaires pour collecter des objets pour le musée, recruter des porteurs et obtenir de la nourriture.

Les membres de l'expédition ne restaient jamais très longtemps au même endroit, ce qui laisse supposer que les chefs étaient chargés de la pré-collecte. Pour de nombreux objets, le poste, l'ethnie et le chef avec lequel ils ont été collectés sont enregistrés.

« Les porteurs et services représentaient une lourde charge pour les populations locales, constituant une nouvelle forme d’exploitation du travail. »

Bien que les archives indiquent que les objets, les porteurs et d'autres services étaient rémunérés, des données comparatives de l'époque suggèrent que ces services représentaient une lourde charge pour la population locale et étaient peu ou pas rémunérés, constituant ainsi une nouvelle forme d'exploitation du travail.

Le projet Patrimoine Transformateur : l’équipe et les objectifs

1. Restitution numérique & recherche de provenance

  • Création d’une base de données numérique (Tainacan) documentant les collections du nord-est de la RDC (collection Hutereau, etc.), intégrant des sources archivistiques, la géolocalisation et une révision critique des données.
  • Développement de formats de restitution en ligne et hors ligne, en lien avec des ateliers et des expositions locales.

Responsables : UGent/MRAC – Vicky Van Bockhaven ; MRAC – Hein Vanhee ; collaborations techniques (p. ex. Laureline Cattelain, Wafula Aloyce John).

2. Recherches communautaires, bien-être & éducation au patrimoine

  • Enquêtes qualitatives (ateliers, focus groups, expositions photo) avec enseignants, chefs, élèves, associations et autorités locales sur la valeur du patrimoine, la « réparation » et les attentes envers les musées.
  • Co-création de programmes d’éducation au patrimoine au niveau primaire en Haut-Uélé et expérimentation d’usages pédagogiques des collections.

Responsables : UGent/MRAC – Vicky Van Bockhaven ; Université de l’Uélé – Prof. Roger Gaise et Prof. Christophe Marie Mogha ; doctorant Félix Amand Fufulafu (Université de l’Uélé/MRAC/UGent).

3. Autorités coutumières, gouvernance & bien-être

  • Recherche politique et anthropologique sur le rôle actuel des chefs coutumiers, leurs bases de légitimité (spirituelles, foncières, politiques) et leurs effets ambivalents sur la cohésion sociale, les conflits et l’accès aux ressources.
  • Analyse des liens entre coutume, objets « chargés », discours sur le bien-être et logiques néolibérales du « culture for wellbeing ».

Responsables : Université d’Anvers (IOB) – Prof. Kristof Titeca ; doctorant Baudouin Mena Sebu, en lien étroit avec Vicky Van Bockhaven.